Roumanie : une corruption devenue virale

Roumanie/UE – On ignore avec exactitude quel usage va faire la Roumanie des fonds qu’elle va percevoir dans le cadre du programme d’aide d’urgence mis en place récemment par la Commission Européenne. A priori et logiquement, ce sont les structures sanitaires qui devaient être privilégiées mais si tel est le cas, la première de mesures à prendre, sera d’épurer cet univers opaque qu’est celui de la santé,  gangréné par la corruption. Lorsque le DNA, l’office de lutte contre ce fléau, a présenté son bilan 2019, en mars dernier, elle s’est félicitée d’avoir porté devant les tribunaux 235 cas avérés d’actes délictueux, soit une augmentation de 20% par rapport à l’année précédente.

Un chirurgien indélicat

Des entreprises corruptibles

Le nombre de personnes impliquées et condamnées a augmenté de 40%, passant de 121 à 169, ce qui a conduit à un volume de dommages et intérêts de 39 millions d’euros ( + 171% par rapport à 2018). Mais, il semblerait que les missions de la DNA, aussi louables soient-elles, ne dissuadent par les corrompus et corrupteurs de poursuivre leurs activités. Pire, plusieurs faits prouvent que ce mal dont souffre la République des Carpates depuis qu’elle a été libérée du joug communiste, s’exacerbe au fil des mois sans épargner, loin s’en faut, les structures médicales. Quelques jours avant la publication du rapport de la DNA, était arrêté, le chirurgien vedette, Mircea Beuran, ancien ministre de la Santé, pour avoir rançonné de 10.000 euros un jeune médecin en l’échange d’un poste d’assistant universitaire dans l’hôpital public Floreasca de Bucarest, centre hospitalier réputé pour les traitements en urgence.  Le chirurgien a encaissé le pot-de-vin sans garantir pour autant l’emploi et les enquêteurs s’interrogent toujours, à savoir s’il en était à son premier coup d’essai. Le Dr.Beuran avait par ailleurs fait quelques semaines auparavant l’actualité à cause d’une opération au cours de laquelle une patiente avait pris feu !

Une ministre vénale

Les Roumains n’ont été que moyennement surpris, lorsqu’ils ont appris que Sorina Pintea, également  ancienne ministre de la Santé, était elle-aussi impliquée dans une affaire douteuse. En tant que directrice de l’hôpital de Baia Mare ,  elle s’était sentie autoriser à solliciter une commission de 7% à un fournisseur de bloc opératoire. Grâce à la surveillance par la DNA d’un sous-traitant chargé de lui remettre une première enveloppe de 10.000 euros, la corruptrice a été prise la main dans le sac. Enregistrée à son insu, les enquêteurs l’ont entendue s’écrier « Super, fantastique ! ».

Un acheteur de masques perfide

Corrompus de mère en fils

A peine placée en détention provisoire, le fils de Sorina Pintea en a rajouté une couche en affirmant sur Facebook que le dénonciateur de cette affaire avait lui-même été mêlé à un autre dossier impliquant cette fois-ci l’ancien ministre de l’éducation, Liviu Pop, lequel était censé  lui remettre une enveloppe de 45.000 euros qu’il a préféré garder pour lui. Mais tous ces malappris sont des enfants de chœur comparativement à Adrian Ionel, président directeur général du groupe Unifarm, plus gros fournisseur de produits pharmaceutiques , qui aurait bien aimé profiter de la pandémie pour devenir millionnaire. A la mi-mars, au début de l’état d’urgence imposé dans le pays, il aurait exigé 760 000 euros de pots-de-vin pour l’attribution directe d’un contrat portant sur l’achat d’un total de 250 000 combinaisons de protection et de trois millions de masques respiratoires. Cependant, une partie des marchandises d’origine turque finalement fournies par la société BSG Business Select (26 000 pièces de vêtements de protection et un million de masques), s’est avérée de qualité non contractuelle et non conforme à la norme FFP, ce qui n’a pas empêché Unifarm de déclarer l’achat comme ayant été effectué avec succès – apparemment sur ordre de son pdg. Selon les agents de la DNA, ce dernier avait négocié une « commission » de 18 % (près de 6 millions de lei) pour lui-même et d’autres employés de premier plan pour l’attribution directe du contrat, dont il voulait percevoir lui-même l’équivalent de 670 000 euros – ce qui ne s’est cependant pas produit, car la société corruptible estimant la pastille dure à avaler n’a jamais payé la « commission » . Le patron d’Unifarm, sentant le vent tourner,  a finalement décidé de résilier unilatéralement le contrat, ce qui ne l’a pas empêché d’être placé sous sauvegarde policière. Le problème majeur avec la corruption en Roumanie provient du fait qu’on peut facilement l’assimiler à un virus.

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Un faux diplômé

Des ministres et leurs émules

Ses manifestations sont presque aussi nombreuses que les quinze principaux symptômes du Covid 19, elle touche toutes les couches de la société et toutes les courroies administratives, politiques et économiques de la République. La comparaison ne s’arrête pas là, car il lui arrive de se propager à l’endroit même où on est censé l’éradiquer. Le « pauvres » Roumains en ont fait l’expérience avant-hier lorsqu’ils ont appris que le directeur de la lutte contre le blanchiment d’argent sale, Lautentiu Baranga, nommé récemment par le 1er ministre Ludovic Orban, exerçait sa profession avec de faux diplômes. Selon les enquêteurs, Baranga est fortement soupçonné d’avoir falsifié son diplôme d’études secondaires.  Le tourneur qualifié a toujours prétendu  avoir passé un examen de fin d’études à l’âge de 32 ans au collège technique « Dimitrie Leonida » de Bucarest – mais le collège nie avoir jamais eu un diplômé de ce nom, en se référant à ses livres d’immatriculation. Les études universitaires ultérieures de Baranga dans une célèbre « usine à diplômes » de Teleorman soulèvent également de grandes questions. Grâce à ses diplômes falsifiés et  ses études fictives, Baranga a toujours  pu obtenir un certain nombre de postes bien rémunérés, pour lesquels il n’avait pas été formé.  Selon les enquêteurs, l’État aurait été lésé par ses pratiques frauduleuses pour  au moins 640 000 lei, soit plus de 132.000 euros. Les abus liés à l’attribution de faux diplômes sont légion en Roumanie depuis la chute du régime de Ceausescu. La ville de Teleorman, située à proximité de la frontière bulgare, est connue pour ce genre de pratique qui n’échappe pas non plus à la capitale. Il y a deux ans, sur la demande du procureur général, une centaine de perquisitions avaient eu lieu au sein des universités « Vasile Goldis » et « Aurel Vlaicu » dans les bureaux d’enseignants soupçonnés d’avoir ostensiblement tendu la mains à des étudiants, nationaux mais aussi naturellement étrangers,  pour remplir leur poche. Il s’agit là de la forme le plus perverse de la corruption car elle a des conséquences dramatiques sur l’avenir des « vrais » diplômés ; lesquels se retrouvent sans emploi à l’issue de leurs études ou sont contraints, quand ils le peuvent, de partir à l’étranger pour y exercer le métier compatible avec leur formation. Ce problème avait atteint son point culminant en 2012, lorsque l’ancien 1er Ministre, Victor Ponta, fut accusé d’avoir soutenu une thèse dont il n’était pas l’auteur. Les écrivains Daniel Vighi et Viorel Marineasa prirent alors la décision de tourner ce plagiat en dérision et d’organiser une manifestation à Timisoara au cours de laquelle ils distribuèrent des diplômes de doctorat fictifs pour des professions telles que celles d’éleveur de poussins ou de tailleur de pierre. La Roumanie est le seul pays où les doctorats sont délivrés malgré le plagiat et toutes les élections mettent en lice des personnages aussi diplômés que douteux. La corruption, dans ce pays, a pris une telle proportion qu’elle rend obsolètes tous les beaux discours entendus sur l’Etat de Droit en Europe. Plutôt que de jeter aux gémonies la Hongrie et la Pologne, la Commissaire Européenne en charge de  Justice devrait plutôt contribuer à faire de la République des Carpates un laboratoire de lutte contre ce fléau qui ne doit pas consister à exercer des menaces sur l’obtention ou non des aides européennes mais à garantir un contrôle effectif de leur utilisation par des observateurs étrangers dont l’intégrité est reconnue et ce, afin que les subventions publiques atterrissent au bon endroit et au bon moment et qu’elles soient gérées par des personnes au dessus de tout soupçon. (Source : adz / Synthèse en français : pg5i/vjp) Nombre de mots : 1.335

 

 

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