Roumanie : un maire s’attèle à la fraude électorale

Roumanie – La Roumanie n’a pas seulement acquis une triste réputation à cause des nombreuses affaires de corruption qui y sont presque quotidiennement dénoncées mais aussi de plus en plus des cas de fraudes électorales dévoilées à l’occasion de chaque scrutin. A la veille des municipales qui vont se dérouler le 27 septembre, Ioan Popa, membre du parti libéral PNL et maire de Resita, une ville de 74.000 habitants proche de la frontière avec la Serbie, a lancé une appel « très déterminé et sérieux à tous ceux qui caressent l’idée d’encourager des groupes de membres de leur parti à s’inscrire dans certaines localités  avec un domicile temporaire juste pour pouvoir y voter ».

120 inscrits à la même adresse !

M.Popa (notre photo) a par ailleurs annoncé lors d’une conférence de presse, qu’il avait mobilisé tous ses collègues du service juridique de sa formation pour « examiner qui, où, quand et dans quel but a opté pour un changement soudain d’adresse ». Selon les retours quotidiens de ces enquêteurs, des « mouvement de troupes » ( !) et des faits pour le moins suspects ont été constatés dans des localités qui sont tellement minuscules que la fraude saute aux yeux. Le 1er magistrat de Resita illustre son propos avec le village de Weidenthal/Wolfsberg qui a presque doublé sa population grâce à ce tour de passe-passe qu’est la domiciliation à durée déterminée. Dans ce coin isolé proche de sa ville, où vivent en permanence moins de 100 personnes, 120 s’étaient inscrites sur la liste électorale en indiquant l’adresse d’une même maison dont on s’est aperçu qu’elle appartenait à un… député. D’autres investigations prouvent qu’il ne s’agit pas là d’un cas isolé. Dans les villages de Franzdorf/Valiug (741 habitants) et Soceni (1.255 hbts) mais aussi dans la ville de Zorleni (8.595 habitants), de trente à quarante personnes avaient élu domicile dans la même maison. Les contrôleurs de Ioan Popa ont démarré leurs investigations dans le judet dont Resita est le chef-lieu mais il est évident que ce district n’a pas l’exclusivité de cette forme difficilement détectable de fraude électorale.

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Etant donné que la Roumanie compte 41 judets, on s’imagine l’ampleur que peut prendre ce fléau à chaque élection nationale, régionale ou locale. Le phénomène est connu mais pour y mettre un terme, il serait nécessaire que l’Etat entreprenne une réforme en profondeur des collectivités territoriales. Celles-ci sont à l’image des structures administratives françaises imitées par Nicolae Ceausescu  en 1968 et qui prennent en compte des milliers de petites localités de 80 à 300 habitants. La formation à avoir été le plus souvent impliquée dans des malversations électorales est le parti social-démocrate qui subit depuis plusieurs années  une chute de ses adhérents et sympathisants. L’institut de sondage IMAS l’a crédité récemment de seulement 20,8% d’opinions favorables pour les prochaines élections municipales. Il s’agit là de son plus mauvais score depuis huit ans et la tentation est grande de trafiquer les listes électorales pour ne pas perdre la face, notamment dans la capitale dont sa candidate, la maire sortante, Gabriela Firea, n’a plus le vent en poupe (*). Source : adz/Werner Kremm / adaptation en français : pg5i/vjp

(*) Cf. sur ce sujet notre article en date du 18 août dernier

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