Zsa Zsa n’est pas Marlène

Hongrie/USA/Allemagne – Frédéric Prinz von Anhalt, fils adoptif de la comtesse Marie-Auguste d’Anhalt, de son vrai nom Hans-Robert Lichtenberg, et 9ième époux de l’actrice Zsa-Zsa Gabor, se bat pour que la dépouille de la célèbre diva hollywoodienne soit rapatriée à Budapest. Il espère obtenir le soutien du ministère de la culture hongrois  pour faire de ces funérailles à titre posthume un véritable événement et pourquoi pas, étant donné qu’il détient de nombreux objets personnels de cette actrice hors normes, un musée éponyme qui permettrait aux Hongrois de rendre un hommage pérenne à leur compatriote la plus insolite mais dont l’excentricité ne pourra  jamais égaler le pouvoir de séduction et le talent d’actrice de Marlène Dietrich. Il est peu probable que le prince obtienne gain de cause car son épouse incarne tout,  sauf les valeurs chrétiennes que le gouvernement de Viktor Orban défend à cor et à cri.

Plus IT-Girl qu’actrice  

A une époque où on nous abreuve de séries télévisées sans saveur et la plupart du temps sans une once d’intelligence, il est singulier qu’il ne soit jamais venu à l’idée d’un producteur d’en financer une retraçant la vie de Zsa-Zsa Gabor, la femme aux neuf maris et aux centaines de personnalités de tous horizons ayant croisé son chemin. A supposer que le scénario et le pilote séduisent les diffuseurs, il serait alors aisé de transformer ce biopic en une télénovela en trois ou quatre séries de vingt à trente épisodes chacune. Sari Gabor, née à Budapest en 1917, est en effet un mélange d’Elisabeth Taylor pour avoir multiplié les mariages, de Marylin Monroe  pour avoir flirté avec les grands de ce monde mais aussi de Grace Kelly, pour avoir épousé un faux prince mais un prince tout de même. Le parcours de Zsa-Zsa Gabor est d’autant plus original et passionnant (mais aussi cynique)  qu’elle n’a jamais cherché à être une tête d’affiche. Sa vie durant, elle s’est battue pour faire parler d’elle et attirer les paparazzis pour qu’on ne l’oublie pas. Mis à part Moulin rouge de John Huston et L’ennemi public N°1 d’Henri Verneuil où elle tient le premier rôle féminin aux côtés de José Ferrer et de Fernandel (notre photo), elle n’a jamais beaucoup brillé pour ses prestations devant la caméra. Peu importe, elle était belle, séduisante, intelligente et polyglotte et si on ajoute à ces quatre atouts, ses goûts prononcés pour le chant et la danse mais aussi son éducation dans une famille de confession  juive mais à l’esprit ouvert dans l’aristocratie et la nouvelle bourgeoisie guindées de l’ex-Empire austro-hongrois, on a alors tous les condiments pour faire d’une femme ambitieuse, rusée et pourquoi pas, carrément affabulatrice, le personnage central d’un roman glamour à suspens, s’achevant en drame authentique car la très belle aguicheuse des années 50 devenue croqueuse de diamants tout au long de la seconde moitié du 20ième siècle a terminé sa vie dans une chaise roulante. Elle est décédée après avoir été amputée d’une jambe. Atteinte physiquement et psychologiquement, son entourage et son dernier  mari lui cachèrent, en 2011,  le décès de son amie Elisabeth Taylor qu’elle rejoignit cinq années plus tard.

Un père juif et intuitif

En 2016, lorsque les Hongrois apprirent le décès de Zsa-Zsa, deux mois avant de devenir centenaire, certains parmi les très âgés eurent la larme à l’œil car ils se souvinrent qu’elle avait été leur Miss Hongrie en 1936, beaucoup furent attristés de voir disparaître la seule actrice de leur pays à s’être fait connaître aux USA. Pendant ses longues années passées à Hollywood,  il ne s’en est écoulé  une sans qu’elle n’ait cherché à rencontrer des étudiants et des immigrés hongrois qu’elle se faisait un plaisir d’inviter pour ne pas oublier la langue de Liszt et Bartok et leur cuisiner elle-même un goulasch à sa façon. La grande chance de la jeune Sari a été d’avoir un père intuitif qui avait compris que le tournant pris dans les années 1930 par l’Europe risquait de s’achever dans les ténèbres. Par précaution il l’inscrivit dans une école catholique puis lui fit rencontrer un attaché d’ambassade de 18 ans son aîné qu’elle épousera en 1937 à l’âge de 20 ans  pour émigrer à Ankara, ce qui lui permettra de rencontrer le président Atatürk, avec lequel elle aurait eu une liaison. En 1941, elle divorce et va tenter sa chance aux Etats-Unis. A l’instar de Linda de Suza, arrivant à Paris,  elle atterrit à New-York non pas avec sa petite valise en carton mais avec le cœur plein d’espoirs, lesquels ne seront pas déçus car dans la ville aux gratte-ciel, la chance lui fait rencontrer Conrad Hilton. Le fondateur de la chaîne hôtelière tombe immédiatement sous le charme de cette belle blonde-rousse aux grands yeux clairs de trente ans sa cadette. Avant de se séparer de ce milliardaire, en 1947, elle découvre à 30 ans son instinct maternel et tombe enceinte pour protéger ses arrières. Lorsqu’on est addict à l’argent, on n’est jamais trop prudent et quitte à tenter sa chance à Hollywood il est préférable de le faire avec une généreuse pension alimentaire assurant le bien-être du bébé et de la maman. Zsa Zsa n’aura qu’une fille, de milliardaire, Constance Francesca Hilton, décédée un an avant elle, en 2015. A l’aube des années 50, Zsa-Zsa a les moyens financiers et ses atouts alléchants pour partir à la conquête des hommes et quand bien même viendrait-il à l’idée de ces derniers de la harceler qu’elle ne le leur reprocherait pas.

Dans l’ombre d’un monstre sacré

Elle ne fait pas dans la dentelle en parvenant à séduire George Sanders (notre photo), l’acteur britannique émigré aux Etats-Unis pour y poursuivre une éclatante carrière  lui permettant de tenir la tête d’affiche ou l’un des rôles principaux dans des films mis en scène par la crème de la crème des réalisateurs de l’époque. Lorsqu’il épouse Zsa Zsa en 1949, Sanders a été vu et admiré dans plus de 60 films d’Otto Preminger, Alfred Hitchcock, Jean Renoir, Julien Duvivier, Fritz Lang, Robert Siodmak, Richard Brooks, Cecil B de Mille, Douglas Sirk et de beaucoup d’autres encore, qui ont fait de lui l’une des stars les plus sollicitées d’Hollywood.  Zsa Zsa vit alors pendant cinq ans dans l’ombre de ce monstre sacré qui joue aux côtés d’actrices aussi prodigieuses que lui, Bette Davis entre autres, qu’elle ne cherchera jamais à rivaliser. L’actrice hongroise est devenue une légende aux Etats-Unis en tant qu’IT Girl mais non en tant qu’actrice. Ses multiples épousailles sont motivées par sa soif de reconnaissance dans la presse people qu’elle mobilise en se liant à des personnages richissimes, banquier d’affaires (Herbert Hutner), magnat du pétrole (Joshua S.Cosden/notre photo dr.), avocat réputé (Michael O’Hara) ou chef d’entreprise (Jack Ryan, inventeur de la poupée Barbie). Aucun de ses mariages,  entre 1937 et 1986, n’a tenu plus de sept ans, mais il arrivé que l’un d’entre eux, avec l’acteur Felipe de Alba soit annulé parce que le divorce précédent n’avait pas été officiellement prononce. Il a fallu attendre  qu’elle atteigne l’âge de 69 ans, en 1986, pour ne plus avoir le choix de ses prétendants. Le prince qui prétend aujourd’hui vouloir assurer sa postérité, elle l’a rencontré par hasard lors d’une soirée haut de gamme à Hollywood où il s’était rendu pour « flamber » après avoir loué une Rolls Royce et recruté un chauffeur et deux gardes du corps. L’entendant parler allemand, Zsa Zsa l’interpelle et quelques minutes plus tard le présente comme « son ami-prince de longue date« .  Frédéric von Anhalt se prêta naturellement au jeu. Aujourd’hui, il assimile ces « retrouvailles » entre « vieux-amis » à un coup de foudre alors qu’il ne s’agit en réalité que d’une imposture montée de toute pièce par deux personnages tellement insolites qu’ils étaient nés pour se rencontrer. Frédéric a été fidèle jusqu’au bout mais en utilisant les aléas de sa diva à des fins de publicité personnelle.

Neuf maris et sept épouses

Qu’elle soit en convalescence dans leur magnifique villa située dans le quartier chic de Bel Air à Los Angeles, dans le coma à l’hôpital ou complètement grabataire dans son lit, les paparazzis étaient toujours autorisés et invités à la photographier. Le prince a profité de l’accident dont a été victime sa vieille épouse puis de son AVC et enfin de l’amputation d’une jambe pour se mettre lui-même en scène et se présenter auprès la presse people comme un mari attentionné et fidèle. De la vie commune de ces ceux personnages frivoles, profiteurs et mercantiles  surgit un sentiment malsain  dont on perçoit toutes les subtilités en lisant le très long article qu’a consacré la semaine dernière le magazine Budapester Zeitung (BZ)  à ce prince en quête de deniers publics. György Frenyo, le rédacteur tient à prévenir ses lecteurs en précisant qu’il n’est pas certain que tout ce qu’il écrit est véridique car Frédéric von  Anhalt est atteint de la même maladie que sa 7ième épouse (!), une forme rare et conjuguée de mégalomanie et de mythomanie aiguës. Mais ce qui est probablement vrai dans l’interview qu’il a accordée à BZ est son retour programmé en Europe où il compte finir ses jours, naturellement à Munich, c’est-à-dire dans la ville la plus chère du sud de l’Allemagne et la plus proche du pays natal de sa « vieille » qui n’a jamais marché dans la mer mais toujours aimé porter des rivières de diamants. De la capitale de la Bavière, il va tenter de mobiliser tout ce qui reste de nostalgiques d’une époque qu’il aimerait revivre. L’urne qui contient une partie de la dépouille de Zsa Zsa et qu’il caresse du regard depuis quatre ans dans son salon de Bel Air, il aimerait la voir transférer à Budapest sous les applaudissements de centaines voire de milliers de célébrités et quitte à faire les choses à la mesure de son rêve, il n’exclut pas de pouvoir faire revenir également l’étoile gravée sur le « Walk of Fame » à Hollywood (notre photo).  « Si Zsa Zsa voyait ça, elle serait la première à s’en réjouir » et ça, pour une fois, on veut bien le croire ! (Source : Budapester Zeitung/ György Frenyo  / Adaptation en français : pg5i/vjp) Nombre de mots : 1.298

 

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