Roumanie : un Président sortant moyennement vainqueur

Victoria Dancila et Klaus Johannis : deux finalistes qui se détestent et vont devoir s’affronter lors du 2ème tour des Présidentielles le 24 novembre prochain.

Roumanie – Les observateurs s’attendaient à des surprises à l’occasion du premier tour aux élections présidentielles qui s’est déroulé dimanche denrier, sauf à ce que le taux d’abstention soit aussi élevé. Sur les 18.963.792 électeurs de plus de 18 ans, seuls 47,66% se sont rendus aux urnes. C’est ainsi la participation la plus basse jamais enregistrée depuis la libération de la République. Cette défiance à l’égard de la politique mais aussi et surtout de la démocratie est extrêmement inquiétante, lorsqu’elle se manifeste dans le second pays le plus peuplé d’Europe Centrale après la Pologne. Plus que jamais, le pays plonge dans l’incertitude, la jeune génération le quitte, la corruption prospère et pour couronner le tout, des personnages plus ou moins douteux profitent de cette situation pour semer le trouble dans toutes les couches de la société. Il ne faut donc pas s’étonner que les électeurs préfèrent bouder les urnes plutôt que de miser sur une femme ou un homme qui ne les trahira peut-être pas mais qui ne résoudra pas pour autant les problèmes auxquels le pays est confronté.

Une corrompue « giflée » par la diaspora

Ces élections présidentielles ont eu lieu à peine une semaine après que la 1ère Ministre Viorica Dancila eut été poussée à la démission à l’issue d’un an d’exercice du pouvoir. Pendant ces douze mois, cette femme de paille de l’ancien président de la Chambre des Députés, le social-démocrate Liviu Dragnea, accusé de graves faits de corruption, n’a cessé d’invectiver et de contrer le Président de la République sortant, Klaus Johannis, un libéral d’origine allemande qui, brillamment élu en 2014 avec plus de 54% des suffrages, avait aussitôt semé le trouble dans les rangs des sociaux-démocrates. Plébiscité par les Roumains, Johannis l’avait été grâce à son slogan de campagne « La Roumanie des affaires bien faites » , lequel laissait subodorer qu’il allait tout entreprendre pour mettre fin à des méthodes de plus en plus opaques et contestables de la gestion de l’Etat. Mais, le système semi-présidentiel qui régit la République l’a interdit de tenir ses promesses et très vite il s’est retrouvé en porte à faux avec des gouvernements hostiles à sa conception du pouvoir. Il ne s’est passé de mois voire de semaines sans que la presse se fasse l’écho de tensions entre le Président de la République et les chefs de gouvernement. En cinq ans, Johannis a été contraints d’approuver la nomination de cinq Premiers Ministres dont quatre ont été foncièrement opposés à ses visions d’une Roumanie plus juste, plus égalitaire et moins corrompue. Cette situation permanente et chronique d’instabilité politique a contribué à entraver toutes les réformes, notamment celles de la justice et de la santé, dont le pays avait cruellement besoin. Les forces vives de la Nation, lasses de ce dépérissement de l’économie et des structures sociales, ont fait le choix de partir, laissant derrière eux des Roumains qui sont devenus tellement fatalistes qu’ils ne se réveillent que lorsque la goûte d’eau fait déborder le vase (Cf. à ce propos notre article « Roumanie : un double meurtre devient une affaire d’Etat », publié le 11 août dernier). Dans ce genre de contexte qui frappe toutes les démocraties, les électeurs préfèrent rester en retrait en s’abstenant ou se révolter à leur manière en se défoulant et en donnant leurs voix à des candidats plus fantaisistes que crédibles. Aux élections présidentielles de 2017, les Français ont eu le choix entre onze têtes d’affiche, le week-end dernier les Roumains les ont battus avec quatorze candidats. 36,91% ont choisi le président sortant, 23,45% l’ancienne première Ministre déchue et 33% ont dispatché leurs voix sur quatre autres candidats. Les huit OVNI restants ne sont pas parvenus à mobiliser plus de 3% des suffrages. Quant aux 680.000 membres de la diaspora roumaine qui n’oublient pas leurs racines, ils ont voté massivement pour le président sortant (52,94%) et sanctionné sans appel l’ancienne cheffe du gouvernement qui a reçu la gifle de sa vie avec seulement 2,75% des suffrages. (Source : adz/ Synthèse en français : pg5i/vjp)

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