Le revenu universel comme solution à la crise

Allemagne/Hongrie/UE/Monde – A la même époque, en 2017, la France se trouvait en pleine campagne électorale pour les présidentielles et aucun des candidats ne pouvait naturellement s’imaginer que leurs programmes étaient susceptibles d’être mis à mal, trois ans plus tard, par une pandémie. Qu’ils aient plaidé pour plus de croissance afin de protéger les emplois ou au contraire pour une décroissance pour sauver l’environnement, tous se sont trompés de discours car le coronavirus a eu raison de leur réalisme ou de leur utopie.

Tous, sauf un, en l’occurrence Benoît Hamon, le seul à avoir inscrit le revenu universel au cœur de sa stratégie électorale, un pari risqué qui l’a conduit à réaliser le plus mauvais score du parti socialiste depuis Gaston Deferre en 1969. La défaite de celui qui a quitté le PS pour créer son propre mouvement, Génération.s, était programmée. Lors du grand débat télévisé, qui a précédé le scrutin, tous ses rivaux se sont ligués contre lui en l’accusant indirectement de vouloir réinventer une France en deux camps, celui des gens qui bossent et celui de ceux qui les regardent travailler. Mais on s’aperçoit aujourd’hui à quel point cette cabale contre un homme qui aspirait à ériger une nouvelle forme de vie en société, était injuste. En effet, à cause (ou grâce !) du (au) Covid 19, on s’aperçoit que non seulement plus de 90% des gens ne travaillent plus mais qu’ils continuent à vivre, se nourrir et se faire soigner par une minorité de personnes qui mettent leur santé en danger pour qu’une majorité s’ennuie devant un écran de télé. Tout cela est d’autant plus dérisoire que des milliards tombent du ciel alors qu’il y a trois ans, on nous faisait croire que distribuer mille euros par mois était une utopie. Comme évolue la pandémie et compte tenu de la panique qu’elle a générée dans les milieux qui sont censés nous protéger, chacun sait, parmi les plus optimistes comme parmi les plus pessimistes, que cette crise-là, va nous coûter cher, très, très cher et que les billions à douze chiffres que les trésoriers de la planète nous promettent sans vraiment savoir où et comment ils vont les trouver, ne suffiront jamais à réparer tous les dégâts. Et si l’Alsace est la région la plus touchée en France, c’est assurément parce que l’Europe n’a cessé de patauger dans la choucroute depuis qu’elle existe. A quoi ont servi ces milliers de fonctionnaires et ces milliers de députés qui se sont succédé à Bruxelles ou à Strasbourg, si aujourd’hui on n’est même pas capable de fournir un masque de protection aux personnels soignants, y compris dans certains pays, à l’instar de la France, qui se prétendent des moteurs de l’Union Européenne. Cette dernière porte très mal son nom car dans les crises elle n’est jamais unie. En 2015, lors de la crise migratoire, elle ne l’a pas été parce que l’ouest ouvrait ses frontières alors que l’est les fermait, en 2020, elle l’est encore moins car il n’y a jamais eu autant de limites à ne pas dépasser. Quelle misère que de voir le Président du Conseil Européen, Charles Michel, converser à distance par skype avec Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission Européenne et donner des leçons de gestion de crise à des chefs d’Etats qui se sont repliés sur eux-mêmes pour protéger leurs peuples et discréditer leurs voisins. Un homme et une femme au sommet des institutions, la parité est louable en temps de paix mais elle n’est pas forcément efficace en temps de guerre contre un virus qui change la donne et remet en question ce qui semblait être acquis mais ne l’a jamais été. Si des voix s’élèvent de plus en plus en Allemagne, en Autriche ou en Hongrie pour que le revenu universel soit instauré, c’est parce que de plus en plus de citoyens européens ont pris conscience que l’Europe telle qu’elle est, n’est plus vivable et ses structures plus fiables. Le journaliste Moritz Serif s’interroge dans la « Frankfurter Rundschau »  à savoir comment vont être distribuées et réparties les centaines de millions d’euros programmés par le ministre des Finances, Olaf Scholz, et sur quelles bases étant donné que tous les secteurs économiques sont touchés. Il ne voit pas d’autre solution que l’attribution immédiate et systématique d’une aide de 1.000 euros à tous les citoyens pendant toute la durée de la crise. Une proposition de même type a été suggérée en Hongrie par le parti de gauche Parbeszed sur un montant nettement moins élevé (282 euros/hbt). L’hypothèse d’un revenu universel devient crédible car la crise générée par le Covid 19 coïncide avec le défi du numérique ce qui la rend encore plus inédite, car incomparable avec les autres pandémies vécues par l’Humanité. vjp

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