Débat sur l’immigration : se quereller sur le foulard pour mieux se voiler la face !

France/Géorgie/Albanie/UE – De septennat en septennat, puis de quinquennat en quinquennat, de législature en législature, de scrutin municipal en scrutin cantonal, d’élections régionales en élections européennes, il ne se passe d’année en France sans que le sujet de l’immigration ne fasse l’objet de débats houleux et tellement contradictoires qu’on en perd la raison. Il suffit qu’une femme voilée se déplace dans l’espace public et qu’elle soit agressée verbalement pour que la presse transforme ce fait qui n’est que « divers » en affaire d’Etat. La France est championne toute catégorie de la propagande guidée par la démagogie parce qu’elle est le pays de l’immuabilité sociale et culturelle. Elle est aussi le seul pays où on entretient le mieux l’ignorance en vouant un culte à l’oubli.

Waldeck-Rousseau, président du Conseil à l’origine de la loi 1901

Deux lois séculaires obsolètes à l’ère du Net

N’est-il pas temps de rappeler que cette loi de 1901 à laquelle sont tant attachés les Français n’a pas été initiée par Waldeck-Rousseau pour permettre aux citoyens de s’associer mais pour redéfinir le statut des congrégations religieuses. Le débat sur la laïcité dont on nous rebat depuis plus d’un siècle les oreilles serait d’une autre teneur si la loi sur les associations avait été postérieure et non antérieure à celle de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La seconde a été promulguée à peine quatre ans après la première, une durée beaucoup trop courte pour que la société civile se substitue au monde religieux. N’en déplaise aux athées et anticléricaux de tout poil, 114 ans après la loi de 1905, la France serait ingérable sans l’influence, certes limitée mais réelle, de l’église dans la société. Que serait l’aide aux plus démunis sans le Secours Catholique, qu’adviendrait-il du monde enseignant, si du jour au lendemain, on transformait tous les établissements d’obédience catholique, protestante ou autres en établissements publics ? En 1983, Alain Savary, alors ministre de l’Education Nationale, en relançant le débat sur l’école publique et l’école libre s’y était cassé les dents, au point d’être contraint à la démission. Ce débat qui, alors défia la chronique, fit descendre dans la rue des milliers de personnes. Le Président François Mitterrand y mit fin en poussant son ministre à la démission et tout ça se fit au nom d’une forme de laïcité dont on n’arrivait pas à définir les contours. On oublie aussi que la France a financé en Algérie des églises et des cathédrales en Algérie, à l’instar de celle du Sacré-Cœur dans la capitale algérienne, des décennies après l’adoption, sur le continent, de la loi de 1905. Il faut enfin prendre conscience que la laïcité, telle que les Français la conçoivent, n’a pas tenu toutes ses promesses et qu’elle n’est plus adaptée au monde contemporain, preuve en est, elle est en ce moment en France à la source d’une nouvelle forme de guerre de religion. Elle est née sur les chapeaux de roue dans un pays puissant et colonial qui était écouté et respecté lorsque son chef s’exprimait, elle perdure sur un territoire qui ne représente plus que 0,45% de la superficie du globe et à peine 0,6% de sa population et dont la langue est de moins en moins usitée. Un monde qui n’a jamais été autant soumis aux tensions politiques d’origine religieuse. Quelle prétention que de vouloir imposer des principes laïcs dont les plus fervents défenseurs sont eux-mêmes dans l’incapacité d’en donner un sens compréhensible à tous. Les Français se sont battus pendant plusieurs siècles pour réduire le poids de la religion dans la société civile et la sécularisation des biens du clergé. Ils sont fiers d’être laïcs mais comment se fait-il que les plus anticléricaux d’entre eux dont beaucoup soutiennent les musulmanes portant le voile, ne se permettent-ils pas d’entrer dans une église, devenue propriété d’un Etat laïc, sans ôter leur chapeau ? Plutôt que de se quereller à chaque dérapage verbal lorsqu’une femme musulmane porte le voile, ne serait-il pas préférable d’étudier et d’analyser en profondeur les origines des mouvements migratoires et de remettre en cause certaines méthodes qui ont été mises en place pour les maîtriser mais ne tiennent plus aujourd’hui leurs promesses, ni n’atteignent leurs objectifs.

Réformer le monde associatif
Aujourd’hui, la France s’honore d’être un pays « associatif » et prétendument solidaire, or il suffit de se plonger dans l’univers de la pauvreté, des sans-logis, des indigents et des communautés exclues de la société, toutes étrangères, pour se rendre compte que les associations ne sont pas un facteur d’équilibre mais un outil inespéré pour les collectivités territoriales de leur sous-traiter la précarité sans leur donner pour autant les moyens nécessaires pour remplir leurs missions. Les élus locaux n’allouent pas des aides en fonction de résultats tangibles mais au prorata du nombre d’adhérents c’est-à-dire d’électeurs potentiels et comme les étrangers ne sont pas autorisés à voter, à quoi bon dépenser des fonds. Les dirigeants français ont une chance inouïe que d’avoir autant de bénévoles qui, croyant bien faire, souvent par charité chrétienne (!), ancrée dans leur ADN sans qu’ils ne s’en rendent compte, investissent une partie de leur temps et parfois sacrifient leurs propres deniers pour venir en aide à des personnes âgées isolées, aux enfants malades dans les hôpitaux, aux anciens détenus, toujours suspects et jamais vraiment pardonnés et enfin, dans une période de crise migratoire insoluble, enseigner le français à des étrangers qui n’ont jamais entendu parler de l’Alliance Française encore moins fréquenté les lycées français, créés non pas pour enseigner la langue de Molière, ici en France, mais pour répondre aux besoins des enfants d’expatriés français. Si tous ces bons samaritains venaient à disparaître, ce qui n’est pas à exclure dans une société où on préfère enseigner l’individualisme égoïste au partage solidaire, où des familles aisées recourent aux aides sociales pour que leurs géniteurs soient aidés à domicile, des milliards d’euros supplémentaires seraient nécessaires pour garantir ne serait-ce qu’un minimum d’égalité. Si la France a autant de problèmes avec « l’étranger », c’est parce que ses dirigeants n’ont jamais été en mesure de remettre en cause des lois qui ne sont plus en harmonie avec les sociétés contemporaines toujours imprégnées de dissensions religieuses.

Mosquée de St-Etienne, indissociable de la société stéphanoise

Neuf blocs dans un monde globalisé et religieux
En se querellant sur le voile, ils se voilent la face mais aussi mentent en prétendant que la construction européenne a garanti la paix et la justice, ce qui est faux et archifaux. Pendant plus d’une décennie, les peuples des Balkans qui, à preuve du contraire, ne sont pas situés en Amérique Latine, se sont déchirés pour des raisons religieuses. La paix apparente plus que réelle, a été trouvée lorsque les problèmes religieux se sont adoucis c’est-à-dire lorsque les Croates catholiques, les Serbes orthodoxes et les Bosniaques musulmans ont trouvé un terrain d’entente, au demeurant toujours fragile. On constatera que seule la Croatie a été à ce jour autorisée à intégrer l’Union Européenne. Si ce n’est pas de la ségrégation religieuse, alors comment doit-ce s’appeler ? L’agitation liée à l’immigration serait beaucoup moins récurrente si on avait enseigné aux jeunes générations la réalité plutôt que les vertus de lois qui n’ont jamais été réformées. S’il est louable de donner la parole à de nouveaux philosophes qui ne savent plus philosopher, il faut aussi la laisser à ceux qui réfléchissent et qui regardent le monde tel qu’il est. Or, chacun sait qu’il est constitué de neuf blocs, le chrétien, l’orthodoxe, le musulman, l’hindouiste, le confucianiste, le bouddhiste, l’africain, le sud-américain et le japonais et tous sans exception, sont guidés par des traditions religieuses à l’intérieur même de leur propre périmètre comme c’est le cas au Proche et Moyen Orient, en Inde et au Pakistan mais aussi peut-être bientôt en Irlande à cause du Brexit . Tous possèdent un territoire suffisamment puissant pour se faire représenter dans un monde géré par les réseaux sociaux où des lois séculaires sont, de fait, devenues obsolètes et n’y ont plus leur place . La double-question qu’il faut aujourd’hui se poser est de savoir si on veut réussir cette globalisation grâce aux migrations ou si on persiste à la faire échouer en ignorant le potentiel des migrants ? Choisir la première hypothèse s’inscrirait dans la logique de l’Histoire , opter pour la seconde serait prendre le risque d’envenimer un choc culturel déjà perceptible sur tous les continents et y compris dans les pays qui, à l’instar de la France, sont devenus prospères grâce au cosmopolitisme. Lorsque les « gilets jaunes » en France se rebellent et se mettent du jour au lendemain à dénoncer non pas une mais des centaines d’injustices, sans s’en rendre compte, en se comportant de la sorte, ils tirent un bilan déplorable de plus de cent années d’histoire construite sur un système qui ne fonctionne plus, que personne n’a le courage de réformer en profondeur parce que les victimes, comble de masochisme, sont les premières à le protéger .

Cathédrale Sacré-Coeur à Alger : elle a été construite et financée par la France 55 ans après la loi de 1901

La France traditionnellement oublieuse
On n’oublie déjà au bout d’une année que la révolte est née dans les territoires d’outre-mer et plus particulièrement sur les îles de la Réunion et de Mayotte où cohabitent avec plus ou moins de bonheur catholiques, protestants, hindouistes, tamouls, musulmans et juifs. Alors que les catholiques représentent plus de 80% de la population réunionnaise, ils sont à peine 2% les Mahorais à pratiquer cette religion. Tous les Présidents de la République se font un devoir ou plus exactement se sentent obligés de s’y rendre mais aucun, avec ses valeurs européennes et ses vertus laïques, n’est parvenu à résoudre les problèmes auxquels sont confrontées ces îles dont on ne se souvient qu’à la veille des élections. C’est toujours le même cérémonial. Les chefs de l’exécutif français qu’ils soient grands comme Chirac, petits comme Sarkozy ou moyens comme Hollande, sont quelle que soit leur taille ou leur couleur politique, toujours aussi ridicules avec leur collier en fleurs de frangipaniers. Tous repartent avec des valises pleines de promesses qui ne se réaliseront jamais. A aucun d’entre eux, il n’est venu à l’idée de créer sur place une Alliance Française digne de ce nom. C’eût été un moyen intelligent de rajeunir cette très vieille institution née à la fin du 19ième siècle qui dépense des dizaines de milliers d’euros chaque année au Touquet ou à Vichy, dans ces villes où il peut y avoir beaucoup d’étrangers mais des étrangers qu’on aime car ils viennent dépenser dans un pays riche l’argent qu’ils ont gagné chez eux avec des pauvres. Emmanuel Macron n’en a pas fini avec les problèmes d’immigration car le pays qu’il préside n’est pas préparé pour les résoudre. Ces prédécesseurs n’ayant pas su en mesurer la dimension encore moins prendre les mesures adéquates, il a hérité de structures inefficaces qui infectent les blessures plutôt que de les cicatriser. Il faut se plonger dans le quotidien des étrangers en déshérence dans les pays dits « d’accueil » pour en prendre conscience. C’est ce que font les collaborateurs de notre site, y compris naturellement ses fondateurs, lesquels en s’implantant à Saint-Etienne se trouvent au cœur de cette nouvelle France profonde, qui ne peut plus faire la « une » du journal de Jean-Pierre Pernaut, parce qu’elle n’est plus celle du terroir mais celle de l’immigration mal organisée.

Saba, jeune Géorgien, parfaitement intégré et surdoué en mathématiques : il est menacé d’expulsion !

Le pire des racismes : l’antieuropéen !
Dans la Préfecture de la Loire, le sujet est sensible car il touche des migrants qui ne devraient pas être considérés comme tels car ils sont majoritairement européens. Comme les hommes ne se font pas tous pousser la barbe, parce que leurs épouses ne portent pas le voile, parce que leurs enfants sont scolarisés, assidus et souvent surdoués, personne ne les remarque, tout le monde les oublie. Ils ont beau tout mettre en œuvre pour s’intégrer, ils sont les premiers à être expulsés. En France, de ces gens-là, on n’en a voulu lorsqu’on en avait besoin. L’Hexagone, dans les Trente Glorieuses , ils ont contribué à l’enrichir. Ils auraient pu en faire autant dans leur pays d’origine, mais s’ils y étaient retournés il est alors, hélas, fort probable qu’ils eurent été considérés par Josef Staline comme des traitres à l’Union Soviétique et à ce titre immédiatement déportés en Sibérie. Ils ont préféré rester en France, renoncé à leur métier pour être autorisés à descendre au fonds des mines ou se tenir debout pendant trente ou quarante ans devant des chaînes pour fabriquer des Renault, des Peugeot ou des Citroën. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais revu leurs familles, leurs épouses et leurs enfants et nombreux sont ceux qui sont inhumés dans des cimetières de leur pays d’accueil, car même de leurs dépouilles, les soviétiques n’en voulaient point. Ils le sont à proximité de Sochaux, de Boulogne-Billancourt et de toutes ces villes qui ne seraient pas vraiment ce qu’elles sont si le tragique destin de ces hommes ne les y avait conduits. Plutôt que d’être remerciés à titre posthume par le truchement de leurs petits et arrière-petits-enfants, ces derniers sont traités, aujourd’hui en France, comme des citoyens européens de seconde et troisième catégories. Cette ingratitude à l’égard des héritiers de ces anciens combattants à qui on n’ a jamais donné la possibilité de choisir leur camp, est insupportable lorsqu’elle concerne des jeunes d’Europe Centrale, elle est abjecte lorsqu’elle frappe leurs voisins d’Europe Orientale victimes d’un déni de l’Histoire mais aussi d’entraves inadmissibles aux Droits de l’Homme, légalisées par une charte que plus personne ne respecte.

La France : trop belle pour pouvoir y rester

Lorsque des visas de cours séjours ont été délivrés aux habitants des pays du Caucase et d’Ukraine, les dirigeants européens ont bien dû se douter que les bénéficiaires n’allaient pas en profiter pour venir photographier la Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe ou la Porte de Brandebourg. Si beaucoup ont préféré la France à l’Allemagne, c’est parce que la France dépense des dizaines de millions d’euros chez eux pour leur rappeler qu’elle est toujours la Nation la plus intelligente du monde, qu’aucune avenue n’est plus belle que celle des Champs-Elysées et que son fromage et son vin n’ont d’égal nulle part ailleurs. A force de présenter la France contemporaine comme celle d’ Années tellement Folles qu’elles lui ont fait pondre deux lois aux lendemains désenchantés, à force de faire croire qu’elle est encore un eldorado, on fait rêver des populations européennes, on accepte qu’elles s’installent temporairement, on leur demande d’apprendre notre langue pour s’insérer et lorsqu’elles ont répondu à ce qu’on attend d’elles, on ne trouve rien de mieux que de les expulser. La crise migratoire la plus injuste et scandaleuse n’est pas celle qui est la plus médiatique mais celle qui est sciemment blottie dans le silence et l’indifférence. Ceux qui défendent aujourd’hui les femmes voilées savent-ils que des milliers de jeunes Géorgiens, de jeunes Arméniens, de jeunes Ukrainiens et de bien d’autres nationalités encore, tous européens, sont contraints, à leurs portes, de vivre dans la clandestinité, comme s’ils étaient tous des enfants de djihadistes ou de mafieux criminels ? Pour revenir à Saint-Etienne, la Préfecture le la Loire n’échappe pas à cette règle. Le Préfet y signe des arrêtés d’expulsion sans discernement et sans s’interroger à savoir pourquoi toutes ces personnes sont venues tenter leur chance dans ce département qui est devenu riche et prospère grâce aux milliers de Polonais, de Tchèques, de Hongrois et de bien d’autres encore qui sont descendus au fond des mines, souvent au péril de leur vie. A une époque où on se bagarre sur le voile et discourt sur l’Europe, ne serait-il pas temps de faire travailler nos neurones avec un minimum de reconnaissance du ventre ? Vital-Joseph Philibert (Nombre de mots : 2.920)

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