Ces entreprises qui redonnent espoir : OBO Bettermann

Hongrie/Allemagne/UE – Alors que la plupart des entreprises traversent aujourd’hui une mauvaise passe et s’interrogent sur leur avenir et celui de leurs salariés, certaines prouvent au contraire leur capacité à résister aux crises, y compris les plus inédites. C’est le cas du groupe OBO Bettermann et plus particulièrement de sa filiale hongroise qui avait su prévenir pour ne pas avoir à guérir. Le magazine Budapester Zeitung a estimé utile d’interviewer son directeur général, Lajos Hernadi, qui explique comment sa maison-mère est en mesure d’assumer ses responsabilités. Les propos qu’il tient sont salutaires car ils apportent une note d’espoir à un moment où une forme de dépression collective tend à se substituer à la pandémie. Un mal qu’aucun vaccin n’aura la possibilité de soigner.

Budapester Zeitung – A quel niveau se situe actuellement votre production par rapport à l’avant-crise ?
Lajos Hernadi – A une excellent niveau , même plus élevé qu’en début d’année, et qui ne devrait pas infléchir car pendant la crise nous avons eu de nouvelles commandes.
BZ – Vous n’avez par conséquent constaté aucun creux dans vos activités ?
LH – Pas le moins monde bien au contraire car nous avons été amenés à recourir à des heures supplémentaires. Mises à part les fêtes de Pâques, tous les week-ends ont été ouvrés.
BZ – Comment était-ce possible ?
LH – Tout simplement parce que avons dû composer au cours des trois ou quatre mois précédant la crise à des excédents de commandes que nous avons pu lentement mais sûrement honorer.
BZ – Mais comment cela s’est-il passé avec vos sous-traitants et salariés ?
LH – La quasi totalité de notre personnel vit près de notre entreprise et n’ont eu de fait aucun problème pour se rendre à leur travail. Notre réseau de sous-traitants est très soudé et par ailleurs nous avons pu miser sur l’importance de nos stocks dans toutes nos unités de production.
BZ- Mais ce devait être plus difficile avec vos sous-traitants asiatiques ?
LH – Nous avons à peine une poignée de sous-traitants en extrême Orient. Nos principaux partenaires ont leur siège en Europe ou en Russie. Notre réseau est par conséquent transparent et notre stratégie a toujours consisté à nous tenir à l’écart des solutions à risques.
BZ – Mais comment fonctionnent les livraisons au sein même de l’Europe ?
LH – Il a pu arriver exceptionnellement qu’une unité de production manque de pièces détachées mais dans ce cas nous avons pu recourir aux stocks d’autres centres et cela n’a conduit qu’à un problème de logistique.
BZ – Une grosse capacité de stockage nécessite néanmoins des coûts élevés ?
LH – Certes, mais ce sont des coûts qui nous permettent d’augmenter nos capacités de production et nous en avons la preuve en ce moment. Par nature, nous sommes économes mais nous n’économisons pas là où c’est indispensable. Cela a toujours été la stratégie de notre président directeur général, Ulrich Bettermann.
BZ – Beaucoup d’entreprises sont obligées de recourir au temps partiel mais en ce qui vous concerne on a l’impression que la crise vous a épargnés ?
LH – Chez nous également elle a laissé des traces mais dès le 20 février nous avons pris les mesures adaptées. A cette date, nous avons limité les rendez-vous à l’extérieur de l’entreprise et quelques jours plus tard, il a été mis fin aux voyages d’affaires. Début mars, l’accès à nos unités par des personnes extérieures a été limité et conditionné par le port obligatoire d’un masque et des prises de température ont été régulièrement imposées aux personnes venant de l’extérieur.
BZ – Mais comment avez-vous opéré avec vos salariés ?
LH – De manière très flexible et ouverte. Notre priorité a été les salariés vivant encore chez leurs parents et pour lesquels nous avons dû trouver des solutions individuelles. Quant à nos salariés en provenance de l’étranger, nous leur avons proposé de sacrifier deux semaines de leurs congés pour rester en quarantaine, ce qu’ils ont accepté pour protéger leurs collègues. Mais nous avons aussi flexibilisé le temps de travail avec des équipes travaillant de 5 à 12 heures le matin et de 13 à 20 heures l’après-midi, ce qui n’avait pas été possible avant la pandémie. Les quelques collaborateurs qui, pour diverses raisons, familiales notamment, n’ont pu se rendre sur leur lieu de travail ont été temporairement remplacés en recourant aux heures supplémentaires. Dans ce genre de circonstances,  la motivation joue un rôle de première importance et de nombreux salariés nous ont spontanément écrit des lettres de remerciement pour ne pas avoir eu recours à des licenciements comme cela a été le cas dans de nombreuses entreprises. Ils ont eu conscience que la sécurité de l’emploi était l’une de nos premières préoccupations. Mieux, jamais l’environnement n’a été autant propice pour recruter un nouveau personnel.
BZ – Cela signifie que vous n’allez pas remettre en cause vos projets d’investissements ?
LH – Dans les prochaines années, nous allons agrandir par étapes successives nos locaux à des fins de production et de logistique. Par ailleurs, nous envisageons d’y greffer un centre technologique qui sera doté d’un département « recherches et développement » et d’une unité de tests-produits.
BZ – Ce sera votre premier pas en Hongrie dans la recherche ?
LH – Non pas vraiment, car une quarantaine ingénieurs travaillent déjà dans ce secteur qui sera valorisé par une collaboration étroite avec les universités hongroises.
BZ – Pourquoi réalisez-vous ces investissements en Hongrie et non au siège de votre maison-mère en Allemagne ?
LH – D’une part, parce que les investissements que vous envisageons correspondent parfaitement au processus de production que nous avons développé ici, d’autre part le choix de la Hongrie a été motivé par les choix politiques favorables aux entreprises qui y ont été faits.
BZ- Ces choix sont meilleurs qu’en Allemagne ?
LH – De manière significative, ils sont meilleurs. Parallèlement au soutien gouvernemental, les coûts de l’énergie, qui jouent un rôle prépondérant, sont attractifs. Mes collègues travaillant en Allemagne sont confrontés à des législations et des réglementations contraignantes et les délais d’autorisation y sont jusqu’à cinq fois plus long qu’ici.
BZ – Quand allez-vous commencer les travaux ?
LH – En avril, nous avons signé le protocole d’accord avec le gouvernement. Dans trois ou quatre mois, le terrain sera officiellement acquis et les travaux commenceront au cours du semestre qui suit. Tout est allé beaucoup plus vite qu’auparavant. Autrefois, il fallait compter deux ans et demi entre l’acquisition des sols et l’autorisation de construire. Les aides de l’Etat concernent par ailleurs l’achat du terrain et sa viabilisation pour le rendre constructible.
BZ – L’agrément du gouvernement s’est opéré au même moment que celui de Samsung à Göd. La soutien de l’Etat s’inscrit-il dans le cadre des premières mesures consécutives à la pandémie ?
LH- Non, le soutien de l’Etat n’a strictement rien à voir avec la coronavirus. Les premiers pourparlers avec le gouvernement ont en effet démarré à l’automne dernier. Qu’ils se concrétisent en plein cœur de la crise n’est que pur hasard et qu’une entreprise obtienne un soutien spécifique après l’adoption d’une ordonnance gouvernementale est une pratique habituelle.
BZ – Auriez-vous été soumis aux mêmes conditions d’implantation si vous n’aviez pas obtenu de soutien de la part de l’Etat ?
LH – Elles auraient été exactement les mêmes. Le principal avantage à l’heure actuelle provient du fait que les délais d’obtention du permis de construire ont été considérablement réduits. Nous ne sommes pas un cas unique et toutes les entreprises peuvent bénéficier des mêmes conditions en fonction du montant de leurs investissements et du nombre d’emplois qu’elles envisagent de créer.
BZ – Votre projet d’expansion a-t-il été soumis aux mêmes contraintes environnementales ?
LH – Bien entendu voire à des conditions encore plus strictes car notre projet a nécessité la déforestation de dix hectares qui va être compensée par le reboisement d’une même superficie dans la région.
BZ – A quel niveau le soutien de l’Etat a-t-il été décisif ?
LH – Sans le soutien du gouvernement, nous aurions été dans l’incapacité de nous agrandir car nous avions besoin de terrains qui étaient propriété de l’Etat. Les investissements concernent trois modules et si tout se passe comme prévu, deux cents nouveaux emplois seront créés. La collaboration avec les structures administratives s’est opérée de manière très professionnelle avec des objectifs précis.
BZ – A l’heure actuelle, vos carnets de commandes sont pleins. Ne vous faites-vous pas du souci pour l’avenir ?
LH – Naturellement, nous sommes un peu inquiets car les filiales de notre groupe en France, Espagne et Italie ont vécu un creux qui ne nous épargnera peut-être pas. Si tel était le cas, nous en profiterons pour repenser la conjoncture de demain. Les entreprises qui ont deux pieds solidement fixées au sol seront en mesure de répondre à la future demande et nous en faisons partie. Nos stocks actuels, dont nous n’avons pas encore fait usage, nous garantissent un ballon d’oxygène. Par ailleurs, de gros contrats, notamment en provenance de Chine, nous arrivent mais il va falloir nous adapter, ponctuellement, à de nouvelles transformations et directions qui vont nécessiter une flexibilité accrue.
BZ – Cela va-t-il aboutir à de nouvelles lignes de produits ou à la recherche de nouveaux marchés ?
LH – Ce n’est pas à exclure. Nous laissons la porte ouverte à de possibles acquisitions. Il n’est pas exclu que tel ou tel concurrent soit affaibli par la crise et se trouve au bord du dépôt de bilan. Serait-ce une entreprise en conformité avec nos activités, nous serions alors disposés à réagir.
BZ – On peut en tirer la conclusion que le groupe OBO Bettermann et plus particulièrement sa filiale hongroise regardent l’avenir de manière positive ?
LH – Assurément mais nous ne sommes pas aveugles pour autant. Nous ne sommes pas à l’abri des risques et sommes conscients que nous connaîtrons, nous aussi, un creux. Nous faisons tout notre possible pour qu’il ne soit pas trop profond mais de toute façon, nous en profiterons pour former notre personnel afin qu’il soit encore plus performant dans nos futures unités de fabrication.
BZ – Quand seront-elles opérationnelles ?
LH – Les trois modules le seront progressivement par autant d’étapes, ce qui signifie que nous aurons atteint notre objectif au plus tard en 2023.
(Propos recueillis par Jan Mainka, rédacteur en chef de  Budapester Zeitung )

A propos du groupe OBO Bettermann
Le groupe OBO Bettermann a pu rester une entreprise familiale depuis sa création en 1911 à Menden (Rhénanie du Nord – Westphalie) par Franz Bettermann. Spécialisé dans la fabrication de produits électriques (câbles, prises, boitiers, etc.), il est devenu une référence dans les quelque 80 pays où il est implanté. Présidé actuellement par Ulrich Bettermann, il incarne ce miracle allemand fondé sur la force des dynasties dans le monde de l’industrie et du commerce. Le groupe est considéré comme un modèle en matière de gestion, lequel se caractérise par une recherche permanente d’innovations sans que soient pour autant délaissées les leçons du passé. A l’instar de toutes les entreprises allemandes et bien que ses unités de production aient été en partie épargnées par les destructions de la seconde guerre mondiale, il a été contraint de se reconstruire au lendemain du conflit sur des bases nouvelles dont ses gérants tirent toujours les leçons. Le monde de l’économie allemande est de fait mieux armé pour affronter les crises que ne l’est celui d’autres pays. L’interview que nous avons tenu à adapter en français, révèle entre les lignes, cette volonté permanente de vouloir associer l’homme à la machine. Ulrich Bettermann qui a été un des cofondateurs du Forum de Davos s’inscrit dans la lignée de ces quelques patrons, hélas trop peu nombreux, qui ne s’imaginent pas la réussite de leur entreprise sans que leur personnel y ait été impliqué. Il ne cache pas ses sympathies avec le ministre-président de Hongrie, Viktor Orban, qu’il n’assimile pas à un dictateur mais plutôt à un homme conscient des réalités du monde qui l’entoure.
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